Isolement


Réflexion faite / dimanche, mars 22nd, 2020

Tout est calme. Pas de moteur de voiture ni de vrombissement d’avion. Pas de train ni de pétarade de mobylette. Pas de cris d’enfant ni de bruits de conversation. La vie semble repliée. Même ici à la campagne les routes et chemins sont désertés. Tout est silencieux, vide. Aucune âme vivante croisée pendant ma promenade dominicale.

Autorisation de déplacement en poche, je me suis décidée à faire sortir Lison de son périmètre de jardin. Sur la route arborée que la Sèvre avait noyée il y a quelques jours nous n’avons croisé personne, aucun promeneur. La maison aux volets rouges est demeurée silencieuse. Pas d’éclats de voix ni de pas. Habituellement, les palletais sont pourtant nombreux à randonner le dimanche sur les berges de la rivière. Aujourd’hui aucun marcheur, aucun pécheur, aucun enfant à vélo. Un peu plus loin sur les sentiers qui traversent les vignes ni joggeurs, ni randonneurs, ni chiens galopant auprès de son maître. Juste les cloches de l’église qui rythment le temps de leur carillon.

Voilà six jours que je n’ai vu personne, entrevu seulement ma voisine sur la terrasse de son jardin, quelques enfants autorisés pour un temps à jouer dans la rue, de loin un voisin qui tond la pelouse. Mais de contact réel aucun, d’embrassade aucune. Les visages et les regards se sont éloignés, les voix se sont étouffées. Skype est le seul moyen d’apercevoir un visage ami, de se créer quelques minutes l’illusion d’une certaine proximité. La solitude ne me pèse pas encore. Je ne fais rien de particulier et pourtant le temps passe, inexorable, indifférent au silence et au vide. Mes activités quotidiennes demeurent routinières : me lever, me laver, déjeuner, mettre en ordre, trier, classer, m’informer, activité qui remplit une partie essentielle de ma journée. Il y a temps à connaître ! Il y a la musique une bonne partie de l’après-midi, la télévision et les films en soirée. Une vie au ralenti, remplit de petits gestes exécutés sans témoin, à l’abri du risque invisible.

Par dessus le grillage qui séparent nos jardin, j’apprends le décès du père de ma chère voisine. Il n’y aura pas de contact, pas d’embrassade, pas de larmes partagées pour atténuer la peine, pas de cérémonie avec les amis et les proches. Eugène est parti, seul, dans une chambre d’hôpital. Il ne fallait pas apporter la contagion. Il ne faudrait pas risquer de la propager. Ce covid-19 est beaucoup plus qu’un virus, c’est un terroriste qui exige l’isolement absolu au risque de nos vies. La mort, comme toujours, se vivra seul.

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