Quatrième jour officiel et pour combien de temps encore ? L’impression et le vécu sont fort différents selon que l’on vive en ville ou à la campagne. Les portes ici restent grand ouvertes pour laisser entrer le soleil et la douceur du printemps. Les mésanges, sitelles et rouge-gorges dansent autour du cerisier et picorent les boules de graisse suspendues aux branches. Cela paille, virevolte. Déjà les premiers papillons. La pelouse est couverte de pâquerettes. Les photynias élancent vers l’azur leurs rameaux rouges sang. Le camélias donne envie de croquer ses bourgeons roses bonbons. Le Daphné exhale le parfum des derniers bouquets de ses fleurs. Mais en ville, dans ces appartements serrés, les uns en face des autres, j’imagine que le confinement est plus difficile à endurer.

Nous avions oublié que nous sommes des êtres vulnérables qu’un microscopique virus peut soudain terrasser. Maillon d’une chaîne complexe du vivant, un invisible danger peut anéantir en quelques jours notre existence, nos faux espoirs, nos ridicules dépendances, nos risibles croyances. Nous ne sommes que du vivant émergeant du vivant, dépendant de la nature et de ses fantaisies. L’extérieur est en pleine effervescence de vie et nous voilà obligés de vivre au ralenti, reclus pour nous protéger du désordre qui règne dehors, ailleurs, loin souhaitons le.
Avais-je, moi qui si longtemps ai partagé mon quotidien avec le souvenir de la mort, avais-je, aussi, oublié le danger qui rôde, la maladie qui guette, la vie à vivre intensément, à chaque instant, pour n’avoir jamais à regretter et pouvoir dire quand il sera temps : « j’ai bien vecu » ? Il est probable que ce temps du risque de maladie et de mort laissera une empreinte non négligeable pour grand nombre de nos concitoyens confrontés, brutalement à la maladie ou pire. C’est que vivre est risqué. L’aurions nous oublié ?


