Altaussee


Autriche / lundi, juin 23rd, 2025

Tout voyage est initiatique. Il nous apprend sur les particularités du monde, sur les spécificités des pays et des peuples et surtout sur nous-mêmes : notre capacité à avancer vers l’inconnu, à résoudre les problèmes qui se présentent, à ressentir notre malléabilité ou nos rigidités face aux difficultés.


Cela fait huit ans que j’ai commencé à expérimenter ma capacité à rencontrer l’inconnu et à dépasser les limites de mes craintes en terre étrangère. Avais-je vraiment de la peur ? C’est plutôt le désir de voyager qui m’a poussée sur les rivages lointains. Une certaine fierté aussi à oser vivre mes audaces. Réalisation d’un rêve d’enfant : devenir « globe-trotter » comme les héros du feuilleton de mes dix-ans. Leurs aventures étaient autrement plus risquées que les miennes.


Les pays que j’ai choisi d’explorer sont très sécurisés, appliquent des règles de conduite routières, humaines et économiques que nous partageons en Europe. L’approvisionnement alimentaire y est aisé. Les distributeurs de carburant et bancaires sont identiques. Les règles de conduite sont similaires. Si nos langues sont différentes et ralentissent la compréhension des transactions, je n’ai pas remarqué que mon comportement divergeait de celui de mes hôtes. Le monde européen s’est uniformisé et je le trouve hautement sécurisé même si quelques jours sont nécessaires pour apprivoiser les spécificités réglementaires.
Trop sécurisé même au détriment de notre liberté. Seules les régions les moins peuplées permettent encore de vivre la sensation de risque : la Norvège et l’Écosse font partie de ces territoires où l’on peut avancer en réelle terre inconnue.

Peur ? Non, jamais, même à marcher seule sur un sentier où je ne croisais âme qui vive. La nature m’a parfois inquiétée : son gigantisme , son impressionnante force, son obscur ensauvagement. Je n’ai jamais eu peur de la rencontre, jamais craint pour ma vie. J’ai avancé dans un monde « libre » qui m’a permis de faire ce que je voulais, ou presque, d’aller où j’avais envie, ou presque, sans qu’il m’en soit fait le moindre reproche. Sur cette planète et pour le genre féminin en particulier ce n’est pas toujours situation possible.
Des lieux pourtant originels restent inaccessibles parce qu’ils ont été privatisés. C’est le cas en Autriche où les abords des lacs sont « verboten », interdits d’accès, bouclés par des barrières et des cadenas. On est obligé de deviner, de loin, les rives et les reflets. Jardin romantique privé qui prive du droit à profiter de la petite plage de cailloux réservée aux seuls intimes. C’était le cas aussi en Ecosse où les grandes landes peuplées de moutons étaient électrisées. La planète terre, cadenassée, cadrillée, régentée, propriétisée ne s’appartient plus. Et quand les frontières artificielles ne suffisent pas, les hommes bombardent, rasent, tuent, éradiquent.



En Europe, nous vivons, globalement, de la même manière et l’on retrouve, ici comme ailleurs, ces enseignes défigurent notre planète. Les maisons autrichiennes me font penser aux grandes demeures basques, leur nombre de fenêtres impressionnantes et leurs balcons fleuris. Les couleurs des villages m’ont rappelé celles des villages norvégiens. Et pourtant, rien n’est vraiment identique. Le paysage en arrière plan est chaque fois unique.

Certains de mes voyages m’ont permis de ressentir les différences culturelles. Ce fut le cas pour la Jordanie et le Maroc, la Chine et l’art de sa calligraphie et surtout le Burkina Fasso. Tout européen devrait, au moins une fois dans sa vie, partir à la rencontre de l’authentique différence. Sentir – et peut-être comprendre – que l’humain est bigarré et que ses conditions de vie sont indépendantes de ses capacités d’accueil et d’empathie ; que le sourire d’une femme Peule, depuis sa case de terre battue, offre plus de soleil au cœur que celui qui lui brûle la peau. Chaque voyage apprend alors la tolérance et interdit à jamais le racisme. Dans les pays européens, hormis les folklores, nous sommes tous un peu identiques.

Huit ans déjà l’Italie ! Ce blog connaîtra-t-il sa neuvième année ? Quel pourrait-être ma prochaine destination ?

Demain, ce sera Salzbourg, ses lacs et non son centre ville. Me reste clairement en mémoire ma visite de Salzbourg, je n’y reviendrai pas. Ce sera l’heure d’une anecdote qui fut à l’époque riche en réflexion. Mais ce sera demain.

Pendant que je rédigeais cet article, l’orage est passé. Je vais à nouveau pouvoir profiter de la vue incroyable de ce camping et me détendre un peu avant le grand retour. 1500 kilomètres environ me séparent de vous. Ils ne se feront pas en un jour !

2 réponses à « Altaussee »

  1. Belle prose introspective. Ce sont de fortes questions : peut-on encore faire l’épreuve de l’altérité ? Etre altéré·e (petit clin d’oeil homophonique au nom du site) ?
    Je comprends le besoin de sauvagéité, pas facile à trouver dans une Europe très polissée et policée… C’est vrai que l’Autrice à l’air d’en tenir une sacrée couche de ce côte-là : c’est un peu l’image que j’ai des Pays-Bas, du Danemark et ce genre de pays : tout bien tondu, des panneaux d’interdiction partout et des modes de vie finalement fort rangés…

    1. Voilà, ici ça manque de spontanéité, je le ressens dans la manière d’être des autrichiens. Par exemple, quand sur une route étroite je me range sur le bas côté pour faire de la place au conducteur qui vient en face, une fois sur deux il ne fait aucun geste de remerciement. En Écosse tout le monde se remerciait et on remerciait d’avoir été remercié. En plus du geste il y avait souvent un sourire. Ici c’est très rare. Sur les sentiers on se croise sans se voir ni à fortiori se saluer ! Et en même temps, les campings c’est le total foutoir. Il se range n’importe comment, serrés les uns aux autres. L’autre jour quand je suis revenue au Berlingo, un gros camping-car s’était stationné si près que je pouvais à peine ouvrir ma porte. Hier en revenant sur l’emplacement sur lequel, par précaution, j’avais laissé ma table, ma chaise et la pancarte « reserviert » que m’avait prêtée la gérante du camp, j’ai trouvé une campeuse installée. Incroyable ! J’étais très en colère 😡 mais elle ne s’est pas excusée, j’ai dû déplacer tout mon matériel. Ça ne m’a pas empêché d’abriter son panier de bouf quand l’orage est arrivé et qu’elle n’était pas là. À son retour, j’ai du me déplacer pour lui réclamer mon tapis de protection. Des bourrus et des bourrues … pas souples, pas très souriants et très respectueux du règlement. J’ai lu sur internet le message d’une campeuse qui s’était faite rabrouée parce qu’elle arrivait à la réception 10 minutes avant l’ouverture ! On est loin de la Sissi chipie et souriante incarnée par Romy Schneider… La série « L’impératrice » sortie en 2024 sur Netflix est beaucoup plus proche du tempérament autrichien me semble-t-il. Bon on fait avec cette diversité de tempérament … on « « s’initie » à cette altérité du faire. Mais tous ces détails ne laissent pas une impression de « j’y reviendrai ». …

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