Le ciel est resté très nuageux aujourd’hui, sans aucune apparition du soleil. Néanmoins, la vallée de Kaunertal a fait oublier cette météo chagrine en dévoilant tous ses charmes. Le péage d’accès à cette haute route de montagne est de 28€ dont on s’acquitte lorsqu’on a dépassé tous les villages.
Jusqu’au lac de barrage, la route serpente gentiment et dessert quelques villages isolés. La retenue d’eau est très longue, 5 km et d’un bleu laiteux sans beaucoup de charme. Par contre les cascades qui s’y déversent, dégringolent bruyamment les falaises de plusieurs centaines de mètres, c’est en prenant de la hauteur qu’on distingue le gigantisme de ces chutes. Je ne pensais pas me laisser enchanter par des cascades depuis celles que j’avais découvertes en Norvège. Et bien celles de Kaunertal sont véritablement impressionnantes. Malheureusement, les glaciers qui les fournissent en eau, ont fondu comme peau de chagrin n’offrant aux touristes que leurs moraines.




Sitôt le lac dépassé sur son flanc, on découvre la route qui monte au glacier en 25 lacets très serrés. Difficile dans la montée de s’arrêter prendre une photo.

D’autant que cette route sinueuse permet d’accéder au pied du glacier à 2730 mètres d’altitude, tandis que le sommet est à 3316 mètres. Je me suis donc totalement égarée hier en pensant que j’avais découvert à Silvretta Hochalpenstrasse, la plus haute route autrichienne.
Plus on monte et plus le paysage est hostile, devenant par endroit inquiétant car on passe sous les blocs de pierres et de neige dont on ne sait pas très bien s’ils sont suffisamment solidaires. On devine jusqu’où il faudra monter en apercevant les piquets de bois qui servent de marqueur pour la route à venir. À chaque virage est annoncée l’altitude. Enfin ça y est on est arrivée au pied du glacier, enfin, ce qu’il en reste.

Les autrichiens ont le sens du commerce. Sur cet immense espace sauvage : une station de ski. Des poteaux métalliques, des bâtiments en béton, une grande salle anonyme, un self service de 200 couverts au moins, pour servir un repas chaud à des vieux qu’on a emmené déjeuner en car, histoire qu’ils disent qu’ils ont vu un glacier. Et bien moi ça m’a drôlement refroidie.


Je suis entrée. J’ai fait le tour de cet immense tour de garde moderne. J’ai même pris l’ascenseur pour m’éviter toute fatigue. J’ai regardé les touristes attablés qui bavardaient et pris une photo des cars qui les attendaient. Et pendant ce temps là, le glacier fond et dégringole en cascade dans le lac 1000 mètres plus bas. Quand j’ai évoqué ma balade du jour au propriétaire du camping et évoqué la station de ski, il a fait la moue triste et pris son air chagrin lui qui sourit toujours. La vallée est belle mais au sommet ça craint !
il était temps de déjeuner. J’ai pris la tangente descendante et verdoyante. Quelques lacets plus bas, on s’est installée dans la voiture car les 9 degrés ne donnaient guère envie de déjeuner dans l’herbe. Ensuite on a profité d’une courte marche qui permettait de prendre en photo une langue de glace. J’espérais un rayon de soleil pour la voir bleutée. Mais à notre retour à la voiture il s’est mis à pleuvoir. Lison a été top sur cette sortie car entre montée, cailloux et torrents à traverser, elle n’a pas ralenti et a très bien accompli sa montée.
Je mets deux photos de la langue glacière, ce qu’elle était quand la photo a été placée sur la montagne (1993 je crois) et aujourd’hui (le petit tas bleu au milieu). 😏



On a redescendu la route aux lacets et profité de quelques clichés complémentaires qui faisaient oublier le désastre économique qui pèse sur la survie du glacier. Nous ne sommes que le 16 juin, que restera-t-il fin août ? De temps à autres, de drôles de sculptures de bois nous regardaient d’un œil sournois ou accusateur, va savoir.



Ce camping était vraiment agréable, très calme et les services de qualité. J’ai promis de mettre un avis favorable au propriétaire, charmant et très serviable. Demain je ferai la troisième vallée prévue sur mon périple dans cette partie ouest du Tyrol.

De la glace !!! Trop bien, me suis-je dit dans un premier temps. Puis ton texte a relaté le contexte historique, la lente disparition : on en est là… C’est finalement bien peu de glace à une telle altitude : on devrait en voir tant et tant d’autres.
Et cela fait écho à cette chaleur accablante qui stagne sur la France pour une période annoncée de plus de deux semaines. Les jet streams ne vont plus assez vite, eux qui avaient besoin de la température différentielle entre l’équateur et les pôles (or, comme ces derniers se réchauffent beaucoup plus vite que le reste…)
Et le côté nuage + roche grise ajoute à la mélancolie d’un passé qui se meurt. La nature évolue, indifférente et tranquille : et c’est nous qui auront du mal à nous adapter à des changements si brusques !