Etait-ce bien raisonnable ce voyage ? Était-il raisonnable de partir si loin, si longtemps avec ma petite chienne devenue aveugle ? La raison doit-elle toujours guider nos actions ?
Les douze derniers mois ont été difficiles à traverser. Divers événements ont contrarié mon humeur, rendu douloureuses certaines décisions, contribué à faire vaciller mon moral du côté des forces obscures.
Depuis mai, je sentais monter une envie irrépressible de renouer avec des moments de découvertes joyeuses, une manière de tracer ma vie sur la route, ailleurs, loin de chez moi. Lison semblait avoir accepté son handicap. Je me suis formée auprès de Marie, Caniludik, pour mettre en place des routines qui facilitent sa nouvelle vie, nos randonnées, ses moments de détente. Elle avait retrouvé le goût de nos balades. C’était oublier, un peu vite, que sa cécité n’est pas le seul symptôme de sa maladie.
Hier soir, en rentrant de la douche, j’ai trouvé sur le sol du Berlingo qui me sert de petite surface à vivre, un sac plastique, du papier de charcuterie déchiqueté mais plus rien du saucisson sec au poivre qu’il contenait.
J’ai vite compris que le saucisson était tout entier dans le ventre de ma petite chienne. J’ai parlé haut et grave en guise de grondement. Mais je me suis vite ressaisis. Sur internet c’est certain cela représentait un risque.
Au téléphone, les urgences vétérinaires de Strasbourg ont questionné et jugé qu’il valait mieux consulter. Arrivée 22h30, après 45 minutes de route dans la nuit. Vu la vétérinaire à 1h30. Charmante, compétente, rassurante, elle qui avait pourtant euthanasié un chien et un chat avant la consultation de Lison. Des personnes en larmes dans les couloirs. Une nuit strasbourgeoise, en banlieue, loin de la vie du centre. Radio de la cage abdominale de Lison, injection d’un produit pour fluidifier les matières, médication à suivre. Pas de perforation, pas d’intestin enroulé avec de la ficelle. Pas d’opération ni de garde en observation pour la nuit. La vétérinaire annonce enfin de bonnes nouvelles à une famille. Lison avait le ventre dur et elle avait soif, très soif. Le si peu que j’avais pu manger de ce saucisson n’avait permis de constater qu’il était très salé et poivré. J’avais prévu une bouteille d’eau et une gamelle, elles restaient à disposition. À 2h du matin je reprenais la route vers Ribeauvillé en me demandant comment j’allais rejoindre mon emplacement avec le minimum de bruit. J’envisageais toutes sortes de stratagèmes.
Ce n’est ni le coût de la consultation de nuit, ni le temps de l’aller-retour qui m’ont contrariée. Lison semblait ne pas trop souffrir de cet estomac totalement distendu que la vétérinaire m’avait montré sur la radio.
Ce n’est même pas les deux contraventions que je vais recevoir pour flash à l’aller et flash au retour – Annie avait dû évoquer les radars de Strasbourg – ni les points que je vais perdre d’un coup et d’un seul sur mon permis. C’est mon inconséquence qui m’a le plus retournée. Comment ai-je pu oublier qu’en plus de sa cécité, elle avait également développé de la polyphagie ? Lison ne sent plus sa faim. En dérobant et engloutissant ce saucisson elle assouvissait un besoin archaïque de combler cette terrible envie de manger, cette impression permanente d’être affamée. Ce soir je n’étais pas tranquille sous la douche. J’ai vérifié qu’elle ne pouvait rien chaparder et qu’elle n’allait pas mettre sa santé en dangers.
J’ai écrit des articles plus drôles sur les douches italiennes qui m’ont valu les conseils éclairés de Pierre et Béa, conseils que je suis maintenant à la lettre : toujours emporter ses affaires dans un grand sac plastique. La seule drôlerie que je pourrais raconter concerne ces grenouilles qui me suivent à la trace. Croai – croai – croai : le bruit des semelles en caoutchouc quand elles sont mouillées. N’empêche qu’elles sont toujours du voyage les tongues-grenouilles offertes par Sébastien 👍
En arrivant au camping, mes tergiversations sur le comment m’installer sans bruit on trouvé grille infranchissable fermée jusqu’à huit heures ce matin. J’ai rangé le Berlingo sur un trottoir plat, aménagé le véhicule pour le rendre occulte et profiter des quelques heures qui restaient avant l’ouverture du camping. Je n’ai pas beaucoup dormi, retournant cette question dans ma tête : était-il bien raisonnable d’envisager ce voyage ? Le désir ne doit-il pas savoir s’effacer devant la réalité des événements ?
Compte-tenu de notre courte nuit, promenade facile dans la campagne alsacienne cet après-midi. Et c’était bien joli.
Pas de chapardage dans le Berlingo ce soir. Lison en a été récompensée de quelques croquettes supplémentaires. Elle dort de tout son long au pied du lit. Bonne nuit petite Lison. Tu es une sacrée montreuse du désir de vie.





Houlala, sacrée aventure ! Pas facile de rouler en pleine nuit, mais j’imagine que les enjeux et la tension auront boosté l’adrénaline dans ton corps…
Tout est bien qui semble bien finir, en tout cas. Pas facile cette polyphonie (je ne connaissais pas le terme). de Lison..
Non pas « polyphonie », polyphagie … ah j’aimerais mieux qu’elle chante Lison !! 😂🤣
Oui, polyphagie bien sûr. Tu vois, il a encore corrigé automatiquement (mais j’ai fait attention cette fois-ci). Il proposait « polyphasé » ce coup-là. Décidément, un mot qui doit être suffisamment rare pour se voir censurer par les IA comme ça, hi hi.
Chaque erreur de saisie génère une interprétation idiote de l’IA. Et on appelle ça l’intelligence artificielle. Est-ce que les gens réfléchissent un peu en glosant sur l’IA ?
ah !!! quelle histoire !!
Qui se termine bien pour Lison ,mal pour ton porte-monnaie 🙃 en plus terminer la nuit sur le trottoir devant le camping 😁
Effectivement maintenant faudra plus te parler de Strasbourg que tu ne devais pas voir 😐
Mieux vaut en rire, au moins tu ne t’ennuies pas ,, plein d’imprévus
, l’aventure c’est l’aventure …bonne route à suivre 🤗
Voilà, tu l’as dit … pas voir ni revoir Strasbourg. Lison me donne du fil à retordre. Cet après-midi, le temps que je règle les formalités du camp, elle a éventré la poubelle du Berlingo. Je me décide à augmenter ses rations pour voir si elle ressent vraiment la faim ou si c’est pathologique. Merci pour ton commentaire. Ça me fait chaud au cœur de vous lire les uns les autres. Bises