Loch Lomond, le retour.
La redescente est maintenant entamée. Je devais rester au camping du Ben Nevis deux nuits. C’était sans compter sur la météorologie. Il pleut et il pleuvra les trois journées à venir. Mais que serait l’Ecosse sans la pluie ? Aurais-je pu dire que je connaissais ce pays si je n’y avais pas vécu les intempéries ? Et puis les lumières du soleil qui jouent avec les nuages c’est splendide. Les bateaux du port de Glencoe sont baignés de lumière alors qu’une fine pluie recouvre la ville. L’eau du loch est noire à souhait sous l’effet de l’ardoise et pourtant on se croirait en plein soleil.
La vallée de Glencoe disparaît sous les nuages tandis qu’une montagne et une seule est verte des pâturages qui la recouvrent. Mais que fait cette maison isolée dans la haute vallée sans autre vie humaine que celles des voitures et de leurs occupants. Il pleut et il faut se dépêcher de prendre la photo avnt de n’être trempée. Je reste subjuguée par la beauté insolente de ces paysages grandioses, sombres et lumineux, hostiles et si doux.




Traversant pour la seconde fois les hautes plaines de Glencoe, je calculais le nombre de kilomètres que j’avais parcourus pour revenir sur mes pas et m’offrir le luxe d’une seconde visite à ces lieux sauvages. L’essentiel est ailleurs. N’avoir aucun regret. Il est fort probable que je ne revienne jamais en Ecosse. Mon âge avancé, ma conscience des dommages carbonnés que mon véhicule inflige à la planète, la double traversée de l’Angleterre et les risques routiers et tout ce qui me reste à découvrir en France, autant d’arguments qui me laissent penser que cette visite restera unique, dans toutes l’acception du terme. N’avoir aucun regret, jouir pleinement de l’instant qui s’offre, sans calcul, sans prouesse, juste dans les limites de mes possibilités.
L’aventure n’est probablement pas aussi romanesque qu’on voudrait nous le faire croire. Nul besoin de partir au bout du monde ou de mettre sa vie en danger pour en faire l’expérience. Il y a dans chaque pas, dans chaque caillou qui roule sous la chaussure, un désir d’aventure qui s’anime. On sait que pour la première fois on marche sur ce sentier, on peine dans cette pente, on transpire dans l’effort. On sait qu’on ne reviendra jamais poser le pied en ces lieux singuliers qui offrent au marcheur la possibilité de se réinventer, de se transformer. L’aventure peut se vivre simplement. A chacun ses possibilités. Un aventurier qui arpente les sentiers du monde, où qu’il aille, même sur les sentiers qui bordent sa maison, est un curieux en marche, le regard éveillé et l’esprit en alerte tendu vers ce qui est là depuis des milliards d’années et pourtant unique pour son regard, à cet instant. C’est un exercice solitaire.
Le partage de mes aventures par le récit que j’en fais se transforme pour chacun d’entre vous en une autre expérience intime et singulière qui vous conduit au rêve ou au désir, peut-être, à votre tour, de vous aventurer à découvrir le monde qui nous enveloppe et nous contient.
