Il faut imaginer la situation. Un palais grand comme un coffre de monospace, des moquettes du sol au plafond, une tablée en bois recouverte d’objets sans valeur mais essentiels au bien vivre et deux maharani alanguies sur leurs coussins. Il fait si froid qu’une grosse couverture polaire enveloppe la plus petite des deux, dont l’espèce, m’a-t-on dit, remonterait aux pharaons.
Après les frimas auvergnats, le crachin camarguais. Pour un peu on se croirait un mauvais jour de novembre du côté de Douarnenez. Pourtant je l’assure, ce soir je dormirai à quelques encablures d’Arles.
Mais venons en au sujet de ce message. Pour réchauffer l’ambiance, j’ai extrait de mon tiroir à nourriture un sachet d’un potage instantané du nom de « Soupe indienne » et une préparation bio de « Boulghour à la tunisienne et au Raz el hanout ». J’ai donc mis à chauffer dans ma bouilloire de l’eau pour la soupe quand j’ai réalisé que je ne pouvais pas réchauffer le plat principal. Trop de pluie pour sortir le réchaud au gaz. Qu’à cela ne tienne ! Me voilà qui incorpore quelques cuillerées de la préparation tunisienne à mon potage indien. Bien mélanger. Quel délice ! À chaque bouchée je m’entendais dire : trop bon, vraiment trop bon, délicieux hum et j’en passe … On ne peut pas imaginer le plaisir jouissif qui est ressenti avec les choses les plus simples quand seul l’essentiel subsiste dans un espace aussi grand qu’un placard à chaussures.
Me revient en mémoire un oeuf au plat découvert au fond d’un placard, cuit à deux heures du matin dans une poêle sans matière grasse après un périple Nantes – Coex, à mobylette, dans la fraîche nuit d’un été naissant. Clin d’oeil amusé à mon amie Françoise. De 18 ans à 61, rien n’a vraiment changé. Tout est délicieusement gouté dans la simplicité d’un instant reposant après la fatigue et l’effort. L’âge n’y fait rien il suffit de rester en éveil.