Salut les ami-e-s ! Depuis plusieurs jours j’éprouvais le désir d’écrire sur ce blog. Pourtant je n’arrivais pas à agir : résistance, inconfort, foucade. Un trop plein d’activités qui tente de dissimuler le vide, l’errance, oh combien nécessaires pourtant au mûrissement intérieur ! L’écriture ne se décide pas, elle vient ou se refuse. Quelque chose semble dormir, se refusant au dévoilement jusqu’à ce que le désir de mots pousse si fort qu’il y a urgence au déferlement. Me saisir du clavier pour laisser se déployer le flots des idées. Le travail d’écriture ressemble en cela au brassage intestinal : nourriture impliquant brassage, tri, macération, permettant vitalité, exigeant évacuation. Souhaitons que les mots ici produits deviennent pour mon lecteur un précipité de joie. Et les nourritures n’ont pas manqué tout au long de cet été.
A y réfléchir, j’ai créé ce blog dans la seule intention de partager mes voyages, découvertes, photos d’espaces sauvages arpentés à pied et en voiture. Le Berlingo acheté dans cet objectif et aménagé pour me permettre l’itinérance. C’est d’ailleurs ce qui est mentionné sur la page d’accueil : envie de vous faire partager mon élan vital, mes ballades. C’était sans compter le premier choc que j’ai vécu cet été, vous vous souvenez : l’affaire des cyanobactéries dans la Sèvre. Le bel élan a connu, comment dire, une tétanisation, un choc, un électrochoc comme le fut la démission de notre ancien ministre de la transition écologique. Fallait-il continuer de voyager, consommer des milliers de kilomètres, des centaines de litres de gasoil et disséminer dans l’atmosphère ces mortelles particules fines pour mon simple plaisir ? Changer de voiture ? J’y ai pensé. Je me suis mise en quête d’articles et de documents scientifiques sur le meilleur véhicule, entendez celui qui serait le moins polluant celui qui me permettrait de diminuer sensiblement mon empreinte écologique. Après maintes lectures j’ai compris qu’il n’y avait aucun véhicule automobile sans pollution. La voiture essence, la voiture diesel et la voiture électrique …. toutes, différemment, mais aussi polluantes.
Je suis repartie pourtant. Quatre jours avec M’Annick, dans les Alpes Mancelles et de cette curieuse et sauvage région j’ai rapporté le souvenir de nos longues promenades et quelques photos. On ne change pas une équipe gagnante ! Temps superbe malgré la nuit gelée. Montées et descentes des sentiers pentus grimpant quand-même jusqu’à 417 mètres d’altitude au Mont des Avaloirs. La variété des paysages et des sentiers, la rivière Sarthe qu’il faut traverser sur une barque à fond plat tirée au cordeau, les points de vue à 50 kilomètres à la ronde, Saint Léonard des Bois, Saint Cénéri, Saint Paul le Gaultier, une ballade de quarante kilomètres à pied pour notre plus grand plaisir et tant pis si le soir les genoux font un peu mal. Un espace temps sans trop songer à ce qui m’a préoccupé une bonne partie de l’été et risque dorénavant de devenir mon point central d’intérêt. Et le second choc n’a toujours pas été écrit.
J’imagine que vous avez compris que c’est la démission de Nicolas Hulot et son intervention sur France Inter ce mardi 28 août 2018 au matin qui m’a plongée pour la seconde fois dans la torpeur. Ce que j’avais compris pendant l’été par le fruit de mes lectures et des vidéos que j’avais consultées sur Internet, tout était confirmé dans ce « grand entretien », enfin presque tout. Seconde secousse qui confirmait mes impressions : le monde dans lequel je vis allait mal, très mal et il était grand temps que je sorte de ma léthargie et de l’inaction. Mais avant de réagir, il m’a fallu traverser à nouveau un espace vide de sens, un arrêt de la pensée, un gouffre de doute et d’incertitudes, le néant de l’action. 60 ans que je vivais dans l’abondance. J’avais profité de tout, la liste serait trop longue pour que je l’entame ici. Si j’avais bien remarqué que la nature dans laquelle j’évoluais ne ressemblait guère à celle de mon enfance, je comprenais définitivement que jamais plus je ne reverrais cette planète comme je l’avais connue enfant. Non seulement il était tard pour réagir mais trop tard pour revenir au monde peuplé de coléoptères et de fleurs de mes cinq ans.
Une prise de conscience qui en rendrait muet plus d’un. Qu’allais-je faire de mes découvertes ? Les garder pour moi afin d’éviter la propagation de la désespérance ? Faire comme si de rien n’était et continuer comme avant ? M’enfermer à l’ombre de ma chambre et attendre sans rien faire ? Bizarrement, d’autres, plus lucides, depuis plus longtemps que moi, affichent leur optimisme, espèrent un autre monde, plus humain, où l’entraide et la coopération permettraient d’espérer un monde juste et vivable.
Peu à peu c’est dessiné une sortie possible de ma torpeur. Progressivement je me suis mise à parler de ce que j’avais compris, de ce que j’avais lu, de cet avenir incertain dont je devinais l’arrivée inexorable. Quelques mots, quelques phrases, quelques idées. Je me suis aperçue que nous étions nombreux conscients de la gravité de la situation. Alors vivre malgré mes contradictions et poursuivre l’aventure en sachant que chaque kilomètre parcouru pollue la planète ?