Il fait chaud, très chaud sur ma terrasse exposée sud-ouest. Un temps de printemps idéal pour laver le linge et le faire sécher au grand soleil. Ce soir, avant dernière étape du chargement, les bacs de linge à emporter seront chargés. Pantalons de toile, shorts longs et courts, tee-shirts en coton et de randonnée, robes légères, linge de corps et de nuit, un souffle de propre senteur savon de Marseille va s’inviter dans les coffres du Berlingo.
Je profite de ce temps suspendu pour regarder les cartes et naviguer sur internet. Je n’ai toujours pas décidé de mon itinéraire pour gagner l’Italie. Google Maps et Michelin proposent à quelques choses près les mêmes itinéraires, trois en général : le plus court en kilomètres, le plus rapide en temps et un compromis des deux. Je préfère éviter autant que possible les autoroutes, mais je ne suis pas certaine que cela soit possible le long de la côte méditerranéenne. En effet on me propose trois heures d’autoroutes contre plus de six heures de routes nationales pour rallier Arles à Vintimille ! Si proche de l’Italie, ce sera quitte ou double : pressée d’entrée en Ligurie – choix de l’autoroute – ou au contraire flânerie le long de la côte par les axes secondaires. Je garde un peu de place à l’imprévu et à la fantaisie. Mon choix se fera donc au tout dernier moment.
Les jours passent et me rapprochent du grand départ. Je sens bien en moi quelques doutes : la solitude va-t-elle peser ? Mes amis et proches ne vont-ils pas me manquer ? Comment vais-je réagir dans un pays dont je ne maîtrise pas la langue ? Ne suis-je pas bien ici, dans mon havre de paix ? N’est pas déraisonnable ? A mon âge ? Seule ? Si loin ?
Me revient cette proposition de Spinoza : « ce n’est pas parce qu’une chose me paraît bonne qu’elle est désirable, c’est parce que je la veux, que je la poursuis et que je la désire qu’elle me semble bonne« . D’où la seule question qui vaille : mon désir est-il réellement de partir si loin, si longtemps explorer seule un pays étranger ? Quel est donc mon désir ?