31 décembre 2020


Réflexion faite / jeudi, décembre 31st, 2020

Quelle drôle d’année ! Décidément, rien ne s’est passé comme on pouvait l’imaginer ou le désirer et les 366 jours de 2020 ne laisseront qu’un goût d’imprévisible, d’inquiétude, de renfermé et d’inutile.

Mes projets d’aventure devaient me conduire en Finisterrre, terre sauvage de Galice ; en Algarve, pointe sud-ouest du Portugal ; à Séville où j’espérais dénicher l’éventail de mes dix ans, roman de la collection Petite Bibliothèque Verte, dont la fin tragique m’avait fait pleurer à chaudes larmes. Le périple ne s’annonçait ni aussi compliqué ni aussi long que celui de la Norvège. Mais après les montagnes enneigées, les route tortueuses des fjords et le froid du grand nord, je désirais la chaleur, le sable, les éventails et les orangers. En fin d’été j’imaginais me rendre en Ariège, région de France que je voulais ajouter à mes découvertes françaises. Explorer pour la troisième année consécutive des provinces inconnues à bord du Berlingo ; rouler longtemps ; dévorer les cartes et les itinéraires imprévus ; me perdre et me laisser surprendre par de pittoresques chemins ; écarquiller les yeux et ajouter un travail de mémoire à mes neurones pour peupler de mes rêves les grands frimas gris de l’hiver.

Je me suis satisfaite d’espaces plus proches, plus familiers. Plutôt que de lointains voyages, seule à bord de ma maison roulante, j’ai connu de petites excursions en randonnées amicales à quelques encablures de chez moi. Tout était différent : le logement, stable, partagé, sécurisant ; la compagnie, amicale, joviale, intime ; les randonnées, à pied essentiellement ; les paysages marins ou encore citadins, Lille et sa Citadelle par 39 degrés en plein mois d’août. Saut de puce entre deux espaces confinés à la maison, le jardin et quand il était possible de sortir le nez et la bouche protégés par un masque de papier bleu. Nous n’avions jamais connu cela. Ce n’est pas la guerre puisque l’ennemi est invisible, infinitésimale danger microscopique qui peut anéantir nos vies. A la merci d’un virus, terrés dans nos demeures, incapables de savoir comment éviter le danger fantôme.

Quelle drôle d’année ! On a survécu mes amis à ce fléau. Un collègue de l’Université de Nantes en est décédé, très tôt, fin mars. Près de 65 000 français ont perdu la vie des conséquences de la pandémie. 1 800 000 décès sont estimés ce soir dans le monde. 83 millions d’humains ont contracté cette maladie dont on ne connaissait quasiment rien le 31 décembre 2019. Dans les ruelles obscures de Wuhan, ville chinoise encore inconnue du plus grand nombre, tandis que nous fêtions l’entrée dans une nouvelle décennie, un ridicule virus s’apprêtait à faire vaciller nos plus insupportables convictions : croire que nous étions à l’abri des risques naturels.

Depuis quelques années je concédais facilement d’adresser à mes amis un message de santé et de bonheur à l’occasion du franchissement de la nouvelle année. Qu’en sera-t-il cette nuit ? Que leur souhaiterais-je ? Où allons-nous ? Nous n’avons jamais su ce que nous réserve le destin, cette nuit à l’occasion des voeux, nous sentirons dans nos tripes le mystère de la vie et des risques incroyables que nous encourons chaque jour de la perdre.

Je ne peux pas finir cette page sans évoquer le changement de Berlingo. Le DA-745-WR a quitté la maison pour rejoindre, non loin de là, une nouvelle famille. en Août, j’ai subitement décidé l’acquisition d’un modèle de même gamme, blanc, plus récent qui a peu roulé et avec lequel j’espérais de beaux périples à l’automne. C’était sans compter sur le second confinement. Tous les aménagements anciens s’encastrent parfaitement dans le nouveau véhicule puisqu’il s’agit du même modèle. Dans l’immédiat il n’a guère quitté le garage où il attend les autorisations de départ et ma décision de repartir à l’aventure. C’est un voeu que je me souhaite secrètement et ardemment pour la nouvelle année : partir, loin, longtemps, là où mes pas s’enfonceront de plaisir dans la terre, le sable, les eaux, là où je ne suis encore jamais allée et embrasser de mon regard toutes les merveilles insoupçonnées de la nature. A l’heure qu’il est, moins trois heures avant 2021, je ne suis pas certaine que mes voeux puissent être exaucés. Il y a comme un vent sournois de crainte et d’incertitude dissimulé dans les plis du temps. Les photos déjà faites atténueront-elles l’attente des grands départs ?