Amatrice


Italie / jeudi, juin 7th, 2018

Non je ne me souviens pas. J’ai beau chercher dans ma mémoire aucune information concernant cette catastrophe ne me revient. Mais maintenant je sais à quoi ressemble, non pas un tremblement de terre, mais les dégâts matériels et humains qu’il peut provoquer. Depuis quelques jours je savais que la ville d’Aquila dans les Abruzzes avait été victime d’un séisme en 2009. Quelqu’un m’avait même expliqué sans que je comprenne très bien qu’il y avait eu d’autres secousses depuis, les dernières très récemment. Aujourd’hui tout cela est beaucoup plus clair pour moi.

Nous partons ce matin de Montefortino en empruntant une route dont un couple de français m’avait expliqué « la route est cassée mais on passe quand même « . Eux en moto oui, mais moi avec mon Berlingo certainement pas. Les quelques automobilistes que nous avons vus passer avaient un quatre-quatre, voir une voiture à réhaussement. Helen voulait passer, je lui ai dit que personnellement, je ne passerai pas. La route était complètement barricadée, il fallait emprunter une piste déformée et présentant un dénivelé latéral inquiétant. Après maintes discussions nous avons fait demi-tour.

Il nous a fallu faire 60 km pour arriver à rattraper la route que nous devions prendre pour venir dans le Massif du Gran Sasso. Et ce soir nous campons auprès d’un lac au pied des sommets. Mais l’itinéraire emprunté ne fut pas sans surprise. Sur la route que nous avions du abandonner nous avions déjà aperçu les premières lézardes sur les murs des maisons. Puis un village entier, église comprise dont les murs étaient contenus par de grosses poutres en bois, du toit au sol, elles-mêmes ceinturées de corde d’acier arrimées à de large plaques métalliques. Village abandonné où nous n’avions croisé qu’une vieille femme. Pourtant nous n’étions pas préparé à ce que nous allions voir plus loin.

Des murs qui penchent dans un sens et les fenêtres dans un autre ; un trou béant au milieu d’une façade ; une demie-maison ; deux murs debout et un tas de gravas entre les deux. Et puis comme la guerre qui aurait tout ravagé : un village entier rendu aux pierres de la terre, éparpillées ici, en grands tas à côté. On est obligé de s’arrêter parce qu’on ne sait plus trop où est la route. La police est là, les militaires aussi. On ne comprend pas trop ce qu’ils peuvent faire parce qu’il semble qu’il n’y a rien à faire. Le moment d’ahurissement passé, on sort de la voiture, Helen a les larmes aux yeux et moi je n’arrive pas à parler. Ils n’ont pas pu sortir vivants de ces effondrements. On voit les amas de pierres, de tuiles, de ferraille, rien n’est vraiment reconnaissable et on pense à toutes ces personnes, enfants, femmes, hommes qui dormaient et qui n’ont pas eu le temps de quitter leur maison.  

Le jeudi 24 août 2016 à 3,36 heures du matin, heure locale, 297 personnes ont été piégées dans la ville d’Amatrice par un séisme de magnitude 6,2. Je ne me souviens pas de cette information dans le journal des actualités. Si vous souhaitez en savoir davantage vous trouverez sur Internet. Je n’ai fait aucune photo, comment faire une photo de ce désastre, et comment oublier ? Amatrice n’a pas été la seule ville impactée : 17 communes ont été touchées.

La terre dans cette région de l’Italie continue de bouger. Le gérant du camping nous disait que la dernière secousse datait d’octobre 2017. Vous n’avez pas peur lui ai-je demandé. Quand on vit ici depuis toujours, on vit avec le risque du tremblement de terre a-t-il répondu. Si on a peur et bien on part ailleurs. 2500 familles ont du partir ailleurs, certaines ont été relogées à quelques centaines de mètres de leur maison devenue gravas dans des préfabriqués tous identiques. On a mis de la couleur sur les murs pour faire oublier sans doute le gris de la poussière. 

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