Il y le paysage et il y a les rencontres. Pas de français ici, en tous cas, dans l’immédiat, je n’en ai croisé aucun. Avec les écossais je m’emploie à tenter de communiquer et ce n’est pas facile. Mon anglais aux rudiments lointains ne me vient pas facilement. Le vocabulaire me fait défaut et si, lorsque je suis seule dans ma voiture, je m’entraine à dire quelques phrases sensées et formuler correctement mes idées, dans une conversation, la spontanéité me paralyse et tout devient difficile. Les mots me manquent, les temps de la conjugaison s’entrechoquent. A force de répéter la même histoire, j’arrive à faire comprendre d’où je viens, ce que je fais ici. On me félicite mais je sais bien qu’il y a une grande tolérance et générosité dans les compliments de mes hôtes.

Il y a deux jours j’ai aperçu sur mon chemin de randonnée le long du Loch Katerine, un vieil écossais qui me saluait gentillement de la main tandis qu’il navigait sur le bateau de croisière du lac. A quai, je l’ai reconnu aisément car cet écossais de plus de 80 ans, fort élégant, portait le kilt. Il avait chaussettes à pompom haut montées sur les mollets, bottines en cuir, portait le tartan de laine en rayures vert et gris, un sporran couleur argent et une belle veste vert d’eau assortie en couleur à son kilt. Nous avons bavardé, enfin tenté quelques mots de français qu’il cherchait dans sa mémoire pour me montrer qu’il avait su un temps dire quelque chose que l’on pouvait comprendre. Je répétais en bon fraçais ce qu’il tentait de m’expliquer, l’énonçant ensuite en anglais pour être sûre que j’avais bien compris son idée. Fouillant dans son portefeuille, il a alors sorti une carte Air France qu’il m’a fièrement montrée en disant qu’il avait travaillé à Londres pour la compagnie. Dans les bureaux, si j’ai bien compris. Ce vieux monsieur très lord, tout sourire, heureux aussi de notre rencontre, fait déjà parti des souvenirs qui reviendront avec moi et que j’inscrirai dans ma mémoire comme les reflets d’un pays qui n’est pas le mien mais où la même humanité cherche des liens.
Le même jour, dans un magasin coop, c’est le chant d’une vendeuse qui a retenu mon attention. « Happy ? » Ai-je demandé. « You sing ! » Elle s’est alors fendue d’un rire joyeux et bruyant qui m’a surprise. Etait-elle gênée de s’être faite surprendre à coeur joyeux dans son travail. Je lui ai demandé si je pouvais trouver de la glace pour ma glacière et elle m’a accompagnée jusqu’au rayon en m’expliquant les différents types de sachets de glace et leurs prix. Idem : souvenir impérissable de mon voyage.
Ce matin en partant du camp de Callander c’est cet homme dont je ne connais même pas le prénom qui me prend dans les bras pour me souhaiter un bon voyage. J’aurais voulu trouver des mots. Mes lèvres n’ont rien su dire que : « Thank you, have nice holidays, bye. » Lison n’a pas dit au revoir à sa copine ni moi à l’épouse de ce campeur, ils n’étaient pas encore sortis de leur maison roulante. Mais il était venu me saluer. Nos chiens avaient aimé jouer et courir dans l’herbe généreuse du camping. Lison s’en souviendra-t-elle ?
Un peu plus tard lors d’un arrêt sur la route, c’est un groupe de femmes qui retient mon attention. Il fait frais et la brume ne s’est pas encore levée. Quand je les aperçois se glisser dans une eau qui ne doit pas être bien chaude. A l’une d’entre elle je demande qu’elle température peut avoir l’eau. Cette femme qui me domine de’une tête au moins, en maillot de bain, bras et jambes nus, son flotteur orange noué autour de la poitrine me répond en riant : « 15 degrés, pas plus. Pourquoi, vous ne seriez pas capable. Ca fait un bien fou« . Je voulais la féliciter et lui dire combien j’admirais son courage mais l’adjectif, à ce moment là ne me venait pas.
Sur le même arrêt, pour profiter de l’instant et regarder les nageuses qui vont et viennent à coup de brasse dans le loch, je m’assieds sur un banc de bois, ma tasse de café et mon cake à la banane achetés pour 5 livres à une cabane. Je raconte à Lison des banalités et cessant de parler il me semble surprendre des voix françaises. Je me retourne, eux aussi m’ont entendue. J’ai promis à Françoise et Michel d’écrire ici sur notre rencontre et nos bavardages qui ont bien duré au moins une demie-heure. D’où venait-ils, où allaient-ils, qu’avaient-ils vu de beau en Ecosse ? Eux à moto moi en Berlingo. Leurs voyages en France, sauf la Bretagne, le mien en Norvège mais Françoise aurait peur d’y avoir froid. Ca me fait un bien fou de parler ma langue avec des vacanciers belges dont l’accent très léger se devine à peine. On se prend en photo. Michel insiste, je n’ai pas mon appareil, il va nous prendre Lison et moi et nous enverra le cliché. Je lui confie mon adresse mail et l’url d’Altareha. Peut-être, amis brusselois, entrevus à l’occasion d’un arrêt sur les rives du Loch Lubnaig, posterez-vous ici un commentaire. Sorte de lien intemporel, signe d’une rencontre chaleureuse et spontanée. Bon voyage à vous ! Tandis que je m’éloigne, je repense à cette rencontre et le ciel se dégage progressivement.

Mais bien sûr il y a les paysages, changeants, verdoyants, fleuris. Le pic-nique sur une route secondaire qui domine un loch, encore un, que je décide de poursuivre et qui m’engage dans un espace montagneux sauvage ou paissent des moutons craintifs. Je conduis alors sur une « single road » ou des « passing place » permettent lorsqu’on se croise de se ranger pour laisser l’unique voiture qui peut emprunter la voie tellement elle est étroite. J’ai connu cela en Irlande et en Norvège. Ici dans cet espace totalement sauvage, aux somment arrondis et massifs, à la végétation aride, aux vallées encaissées qui dissimulent en creux un ruisseau paisible, je me dis que j’ai enfin trouvé l’Ecosse que je suis venue chercher. Celle qui fait que le voyage, le temps, les préparatifs, la fatique qui ont précédé sont effacés d’un coup par l’allégresse qui gagne. Je crois que je suis montée assez haut en Ecosse pour que l’authentique voyage commence.



Chères lectrices et chers lecteurs, quelle désolation pour moi de vous laisser à mes pauvres photos. Quand un large paysage s’offre généreusement il est impossible, sauf peut-être à être photographe professionnel et doté d’un apareil de grande qualité, de rendre la beauté et la diversité des nuances.
Je suis campée ce soir à Pitlochry dans un énorme camping ou croassent de redoutables corbeaux et des grenouilles bavardent. La ville est jolie mais loin de m’offrir l’émotion que j’ai connu cet après-midi. J’y ai dîné d’un fish and chips très gras à mon goût. Je vous quitte il est l’heure de la douche et d’une bonne nuit de sommeil. Demain je quitte Pitlochry en direction des hautes montagnes. Toujours un peu plus haut vers le nord. Tiens, une famille de canards vient me rendre visite. A demain !
Coucou Monique. Tu as en partie répondu à ma question précédente sur la nourriture. Un fish and chips trop gras à ton goût 😉
L’Ecosse ne vaut pas mieux que l’Angleterre alors ? Heureusement, à te lire, tu n’es pas là pour la gastronomie mais bien pour profiter des grands espaces et des rencontres au hasard des chemins. Ils m’ont l’air bien sympathiques les Belges que tu as rencontré. Merci pour tes belles photos. Si en plus elles ne rendent pas bien la réalité alors ça doit être splendide. On passera peut-être par là l’an prochain. Fait de beaux rêves Monique. Caresses à Lison. Bises.
Cher Laurent,je pensais bien te répondre. Dans l’immédiat je découvre la nourriture écossaise à travers les magasins qui me permettent de faire des provisions alimentaires.Il n’y a guère de diversité et beaucoup de nourriture est sous plastique y compris les légumes. Je n’ai encore croisé aucun marché.Je savais que les produits étaient chers en Ecosse et la vie en général, aussi, comme pour la Norvège j’ai embarqué avec moi assez de nourriture pour les petits déjeuners et mes dîners. Le midi j’essaie de trouver des produits frais. Et hier soir pour me faire plaisir, un plaisir un peu râté, je me suis offert un fish and ships, comme tu le sais déjà beaucoup trop gras. J’ai mangé une seule glace et elle avait un goût de banane très artificiel. je me régale pour l’instant avec les yeux. Une prochaine fois je te raconterai une anecdote qui m’est arrivée en Norvège et qui m’aide beaucoup à relativiser le défaut de bonnes choses bien gustatives.Je t’embrasse, Noëlle et les enfants aussi …