Comme ça vient


France, Réflexion faite / mardi, août 11th, 2026

Golf du Morbihan pour la unième fois, sans me lasser de ses paysages maritimes sauvages. La mer comme un écran hypnotique de bleu et de vert ; les îles battues par le flux montant et descendant, vibrant sous des myriades d’étoiles solaires ; le sentier brûlé par le soleil et les vents ; quelques pins qui offrent l’ombrage nécessaire à l’envie de poursuivre la découverte. En ce mois de juin 2026, il fait chaud, très chaud quand le soleil est au zénith.

J’ai quitté Ancenis, mon nouveau chez moi, pour fuir la chaleur écrasante du mois de mai. Journées dans la pénombre, fenêtres et volets clos. Un ventilateur brasse l’air tiède, offrant l’impression d’un courant d’air qui, sur la peau humidifiée, offre pour quelques minutes une fraîcheur revivifiante.

A Arzon, hier, soleil écrasant. Aucun nuage, aucune brise. Berlingo brûlant qui dissipe ses calories comme un radiateur d’hiver. On s’assoit, si possible à l’ombre d’un jeune châtaignier. On lit. On rêve en espérant que la nuit apporte un peu de répit. 22h30, enfin on respire : 20 degrés en extérieur, 23 dans la maison roulante, toutes portes et fenêtres ouvertes. Dans l’après-midi il y avait fait 36 !

Ce matin une fraicheur très attendue avec mêmes quelques gouttes de pluie. Des nuages qui laissent présager une météo plus supportable. Passage obligé au bloc des sanitaires. On se salue, on échange quelques mots. La météo est souvent le sujet favoris.
« On respire ce matin.
Oui. Hier c’était vraiment étouffant. Pas d’air.
Ben on y peut pas grand chose. On prend comme ça vient. »

Et ce qui vient n’est pas rassurant pour nos organismes, pour les animaux, les plantes et la planète. El Nino devrait apporter un surcroît de chaleur à la fin de l’année, entrainant avec lui sècheresses et cyclones qui s’emballent déjà sous l’effet du réchauffement climatique.

Ici des camping-cars en veux-tu en voilà, gigantesques, monstrueusement grands, la parabole télé sur le toit, le remorquage d’une mini voiture et même la climatisation pour certains. Une maison secondaire roulante avec tout le confort, comme chez soi. Un concours du « c’est moi le plus gros », « le mieux équipé », …. « le plus consommateur de gasoil » ! L’absurdité de notre société de consommation. Des vieux, comme moi qui ne bougent pas, écrasés de chaleur. Sous l’auvent tendu, ils restent immobiles sur leur chaise-longue avec le frigo à portée pour se saisir d’une bière ou d’une barre chocolatée glacées.

Le camping n’est pas celui de mon enfance : tentes de toile bleue, matelas en caoutchouc à gonfler, table et chaises pliantes. C’était les vacances d’été en juillet et en août, la famille, les enfants. On profitait de quelques semaines pour découvrir une région de France présentée à l’ORTF. Hors saison, il permet aujourd’hui l’étalage de la richesse des vieux, de certains vieux, car il y en a encore, quelques uns très rares, qui ont aménagé un Renault master où le sigle effacé GRDF se devine sur la peinture bleue éraflée. Deux tentes minuscules sont occupées par des jeunes à vélo ou à pied. Elles disparaissent totalement dans le village de tôle blanche et leurs antennes paraboliques. Avec mon Berlingo, je suis un spécimen !

Ce monde capitaliste devient totalement absurde. Ce sont les vieux qui souffriront le plus de la chaleur dans les saisons à venir. Ce sont eux, ici qui s’affichent avec les plus imposants camping-cars. En Automne, on s’assoira benêt dans son salon ; on regardera consterné les informations annonçant, entre pub et divertissement, un cyclone dévastateur en Asie, une inondation record dans le nord de la France ; 40 degrés à Paris ; un feu gigantesque ravageant les forêts en Australie ; on attendra le prochain vaccin contre cette nouvelle épidémie. Après les infos, on passera au film avec Bourvil et Defunès pour se remémorer le bon vieux temps. On prendra comme ça viendra.

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