De Slovaer


Norvège / samedi, juin 29th, 2019

Ma décision s’est prise très rapidement, à l’intuition. Par le hublot je capte un rayon de soleil qui éclaire la mer de milliers d’étoiles. Il me fait cruellement défaut le soleil. Je n’en peux plus de la pluie, du vent et du froid. Aujourd’hui sept degrés sur les Lofoten. Sortir du Berlingo ne devient possible qu’entre les rares éclaircies. Si par chance je trouve à ce moment là un emplacement pour m’arrêter, je sors de la voiture pour profiter du paysage et prendre quelques photos. L’accalmie ne dure jamais longtemps, insuffisamment pour que j’envisage une promenade avec Lison, qui n’aime absolument pas l’eau, ni celle du bain, ni celle qui tombe du ciel. Depuis que j’ai franchi le cercle arctique je n’ai pas beaucoup vu la lumière du soleil et j’ai froid, non pas la nuit, mais le jour, c’est presque pire.

En quelques minutes, je me suis arrêtée au port de Slovaer, j’ai demandé combien de temps durait la traversée, combien je devais payer et j’ai embarqué direction Stukvik, la Norvège continentale, sans réfléchir. C’est fait : j’y suis venue, j’ai vu, je suis partue des Lofoten … J’aperçois déjà les sommets des montagnes que je vais devoir retraverser en sens inverse. Je reviendrai par la Norvége autant que je le pourrai. Il me faudra de toutes façons entrer en Suède pour revenir au Danemark.

Ce qui me rend nostalgique c’est de n’avoir jamais vu cette terre une seule fois même sous le ciel bleu et il n’y avait aucune perspective à huit jours pour que ce soit le cas. Ma lassitude du mauvais temps à eu raison de ma persévérance. J’ai quitté les Lofoten, je prends la route du sud. Je ne sais pas combien de temps durera le voyage de retour, dix jours peut-être. Quand je vois qu’il fait plus de trente degrés à Nantes, fin juin, je me dis … Je me dis que je déconne.

Je nous vois, nous autres touristes, la plus part en camping-car, profitant égoïstement de notre temps libre, certes pour nous enrichir du voyage mais aussi dépensant le gasoil, émettant des tonnes de CO2 dans cette atmosphère qui s’échauffe et finira par nous étouffer. C’est encore pour notre génération que le luxe du camping-caravaning a été créé. Et nous avons su en profiter, la terre recèle tant de beautés à découvrir, comment résister au désir d’y vouloir venir ? Alors on se déplace, on vient par tous les moyens : terre, mer, ou cieux. Les bateaux de croisière sont dans les fjords des géants qui crachent leur fumée noire au-dessus des fjords. Les avions tracent des lignes dans le ciel transportant d’un bord à l’autre de la planète des curieux en désir de découvertes. A-t-on vraiment besoin de cela pour accomplir une « vie bonne » ? Quand je disais « si je ne vais pas en Norvège cette année je n’irai jamais » témoignait aussi en arrière plan de mes prises de conscience. Plus j’avance dans ma compréhension du monde qui vient, plus je sais que mes voyages prochains devront se faire sous un régime plus économe pour la planète. C’est aussi un fond de culpabilité consciente, mêlé au mauvais temps qui me précipite vers le retour.

Lorsque je suis passée à Lille, Eva, qui est venue ici découvrir les brioches à la cardamome et à la cannelle a formulé ce constat : « la France est belle ». Une dissonance de propos qui à la veille de mon départ pour la Norvège s’est accrochée à mes pensées. Tu as pleinement raison Eva. Il est temps que je rentre à la maison.

2 réponses à « De Slovaer »

    1. Quoi qui brûle : la France ou ta gorge ?
      Les deux mon capitaine qu’elle répond ma frangine
      Ben viens ici, avec 10 degrés, on tombe pas malade.
      Haïe, haïe pourvu que ça m’arrive pas demain, ma mauvais langue risque d’être punie.
      Je m’ennuie de toi M’Annick, de nos randos et de nos bavardages … 😉

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