Je vous imagine profitant d’un soleil généreux de fin mai, en tee-shirt et bras de chemise. Dans la vallée de Sira, difficile aujourd’hui de partager votre douce expérience. Malgré le temps couvert, j’ai trouvé le courage, j’y suis allée, j’ai fait deux fois marche arrière en sondant le ciel que je trouvais trop menaçant puis je me suis dit que jamais je ne reviendrai dans cette vallée. Si je n’avais pas le cran de descendre à Lysebotn aujourd’hui, aurais-je celui d’affronter les routes sinueuses du Hardanger ?

J’ai regardé à plusieurs reprises la météo locale, elle annonçait de la pluie qui risquait de se transformer en neige mais elle prévoyait également une éclaircie de quelques heures qui devait me donner le temps de descendre puis de remonter les 20 kilomètres qui conduisent au village de Lisebotn. Une route peu banale puisqu’il faut emprunter une série de lacets très serrés, descendre 1000 mètres de dénivelé en quelques kilomètres, passer un tunel-tobogan pour arriver au village, annoncé ainsi par le Guide du Routard, puis réemprunter la même route, remonter aux cols enneigés, bref rien de rassurant pour une voyageuse peu hardie.

Je suis passée au col à 922 mètres d’altitude, sous un vent glacial, là où des milliers de cairns gardent la trace de ceux qui sont venus, se sont arrêtés avant d’entreprendre la descente. Je les ai faits les lacets, étroits, serrés en épingle à cheveux, collés les uns derrière les autres, avec une pente de 10% sans doute plus par moment. Impossible d’enclencher la troisième, ni à descendre ni à remonter.

J’ai mis une heure à atteindre le petit village au fond de la gorge car il faut s’arrêter souvent sur le bas côté pour laisser passer les voitures qui viennent en sens inverse. J’ai descendu le tunel toboggan, heureuse de ne croiser aucun véhicule sur le kilomètre à descendre pour atteindre le village. Lysebotn signifie le fond du Lyse qui lui même a donné son nom au Lysefjord.

Ce n’est pas le village qui vaut le détour. Quelques maisons de couleurs entourées de jardins verts, d’azalées et de rhododendrons en pleines fleurs. C’est la route et la vue sur le fjord qui vaut l’effort.

Le Lysefjord est l’un des plus étroits de Norvège. Quant au village il faut imaginer la vie des gens d’ici … perdus entre cette avancée de la mer et les falaises sombres de 600 mètres qui dominent.

J’ai quitté Lysebotn sous le soleil. Mais si ce pays présente des variations de paysage contrasté, sa météo l’est tout autant. Pluie et vent à midi, éclairice à 13 heures, grand soleil à 14, nuageux à 15, neige à 16. J’ai repris le lacet de route, Je suis remontée sur le haut plateau de granite et de lacs gelés et la neige a refermé derrière moi le paysage.

En arrivant dans la vallée oû nous sommes en camping depuis hier, le soleil nous attendait autorisant une marche qui s’est achevée en courant pour éviter la pluie. Là neige d’après-midi à gagné la vallée et le Berlingo s’est laissé couvrir de cette poudreuse qui ne tiendra pas longtemps.

Demain, je replonge vers la côte. Il n’est pas certain qu’il y fera meilleur.