La joie de voyager


Norvège / mardi, mars 26th, 2019

Il y aura des milliers de kilométres à parcourir, de longs tunels à traverser, des routes sinueuses à emprunter, du froid, de la grisaille et de la pluie, des impondérables à gérer, des difficultés insoupçonnées à surmonter, pourtant ce voyage je le ressens comme un espace d’enrichissement, une rupture radicale d’avec mes activités quotidiennes, un temps nouveau hors du temps, un espace étranger qu’il va me falloir apprivoiser, à moins que ce ne soit moi qui doive me transformer pour accueillir cette nouveauté.

Les perspectives de ce voyage sont la source d’une joie intense. Le silence de mes journées retentit du signal puissant des découvertes à venir. Les arbres du jardin prennent la forme des falaises abruptes du Naeroyfjord, les nuages se font cascades, la pelouse devient plaine sauvage aux abords du Dovrefell. C’est à peine si j’ose évoquer mon périple pour ne pas atténuer les émotions qui bouillonnent en moi. Et je sais déjà que les descriptions allégoriques des guides touristiques ne sont rien, comparées à la beauté des paysages que je vais traverser et aux émotions que je ressentirai à les parcourir.

Me revient en écho ma félicité en découvrant les villages italiens colorés, accrochés à leur rocher, les côtes ocres, échancrées, surplombant une mer bleu turquoise, les champs de coquelicots sous le soleil brûlant, les cyprès et les mas des valons jaune doré de Toscane, les couleurs solaires des sommets dolomites. La beauté de l’Italie qui sera dans deux mois celle de la Norvège. Mais comme l’écrit Sébastien, dans la lignée de Spinoza,  » … La beauté n’est pas dans les choses … elle est une création à la mesure des puissances de projection du sujet.  » (1)

Arrachement, rupture, transformation, enrichissement : le voyage est une joie. A défaut d’un amoureux à aimer, vivre la joie d’amour en inondant le paysage traversé du rayonnement intérieur. Il suffit que la nature sauvage s’offre généreusement au regard de la passante.

(1) Aimer s’apprend aussi, Sébastien Charbonnier, Vrin, 2018, p.65

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *