Mon père disait …


Réflexion faite / lundi, septembre 3rd, 2018

Il a bien fallu quitter ce magnifique paysage d’Auvergne. C’est chouet le Mont-Dore, vraiment !  Traversant en voiture les villages et les campagnes, j’ai aperçu de loin le plateau de Millevaches me demandant, nostalgique, si un jour je reviendrai sur ces lieux enchanteurs. Le temps m’est compté et je voudrais tant profiter des années qui restent pour découvrir encore. Aurais-je le temps ? Quelles décisions vais-je devoir prendre pour participer à ma manière à la protection de notre planète ? J’ai bien conscience que mon véhicule roule au diésel …    

Oui, je suis rentrée hier soir à la maison. Par chance aucune odeur nauséabonde pour m’accueillir et j’ai pu m’endormir les fenêtres ouvertes : un luxe … Je n’aurais jamais pensé vivre l’enfermement en venant habiter ici. J’ai quitté Nantes pour trouver un petit coin de paradis verdoyant, baigné par une jolie rivière. Comment  imaginer que l’air y deviendrait moins respirable qu’en plein coeur de la grande ville ? Ce matin, les fenêtres sont largement ouvertes pour faire pénétrer dans les pièces le soleil et la fraîcheur. 

Mon père répétait que le progrès tuerait l’homme. Lui qui avait été tourneur-ajusteur avait du, dans les années 1970, se former à l’usage des outils numériques et délaisser son savoir-faire de précision pour l’abandonner à une machine. J’étais incapable d’entendre ses propos rabat-joie. Nous étions en pleines années glorieuses et la technique, dont j’allais être à mon tour l’investigatrice, me paraissait bien au contraire le fer de lance de la liberté humaine. Nous avons été une des premières familles à disposer d’une télévision noir et blanc dans notre village. N’était-ce pas époustouflant de voir l’homme poser un pied sur la lune ? Ma mère a vu arriver à la maison sa première machine à laver, elle qui avait frotté son linge, à genoux, penchée sur l’eau glacée de l’étang du chateau de Bogard (*). Sur la pellicule s’imprimaient les souvenirs de nos vacances qui faisaient le plaisir de la famille rassemblée le dimanche autour de la projection. La technique semblait bien au contraire apporter de la douceur à une vie que ma mère avait connue rude, sabots au pied, 5 kilomètres chaque jour pour se rendre à l’école, le même trajet au retour ; l’eau en sceau à prélever au puit ; avec, comme seul chauffage l’hiver, la cheminée qui inexorablement s’éteignait la nuit promettant des matins frileux. Quand mon père a installé le chauffage central dans la maison de mon enfance, il savait souder aussi, quel confort au réveil dans la chambre, sans compter la douche chaude. L’évolution technologique promettait un tel confort ! Les propos de mon père jurant de colère que la technique nous tuerait étaient pour moi inaudibles.

Cet après-midi j’irai en vélo acheter de la farine pour essayer de faire mon pain moi-même. J’ai trouvé sur internet une vidéo qui explique comment se passer d’une machine à pain ! 

(*) Au village de Saint-Blaise, d’où était originaire ma mère, les draps et serviettes de coton blanc ont été lavés jusque dans les annees 1965 au lavoir de cet étang. Je conserve le souvenir d’un film où l’on voit les femmes y frotter encore le linge à l’aide d’une planche de bois, d’un battoir et de gros morceaux de savon de Marseille. 

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